Patman a gagné le prix de la mascotte de l'année 2016 remis par l'AMVQ

Communiqué

L'histoire de Patman

Un client nous apporta un jour, un chaton naissant pour que nous l'euthanasiions. Car, nous dit-il, il est infirme. Il n'a pas de patte arrière. Trouvé sous son balcon avec la chatte et d'autres chatons de la portée, il lui semblait qu'il fût cruel de l'y laisser ainsi démuni. En effet, il semblait bel et bien dépourvu de membres postérieurs, hormis un petit moignon. Mais ce chaton n'était pas âgé que de quelques jours, comme le bon samaritain l'avait cru, mais d'au moins 4 ou 5 semaines.

Les anomalies congénitales menant à des malformations aussi graves que l'absence totale de deux membres sont en général non viable. Le plus souvent, il y aura conjointement des malformations de certains organes internes essentiels à la vie, tels que le coeur, le foie ou les reins. Ces animaux sont morts nés ou ne survivent que quelques heures voire à peine quelques jours.

Ce n'était pas le cas de ce petit chaton. S'il avait survécu jusqu'à aujourd'hui c'est que le handicap dont il était affligé, aussi sévère soit-il, n'était pas létal. De plus, pour survivre, il avait réussi à se déplacer, en compétition avec ses frères et trouver la mamelle maternelle. C'était un battant! Nous ne pouvions pas nous résoudre à l'euthanasier. Avec l'accord du bon samaritain, nous allions lui donner sa chance. Même si un jour il faut lui confectionner un petit fauteuil roulant à sa taille pour qu'il puisse se déplacer dans la clinique.

Devant le courage de ce petit être et sa détermination à vivre, nous voulions lui donner le nom d'un superhéros. Batman? Superman? Puisqu'il lui manquait deux pattes, nous avons choisi de l'appeler « PATMAN ».

Dès ses premières semaines de vie parmi nous, Patman nous surprit par son caractère bien particulier. Le moins qu'on pouvait dire, c'est qu'il avait beaucoup de tempérament. Déjà, il grognait si on le manipulait contre son gré. Puis il se mit à se déplacer, d'abord dans la cuisine des employés et finalement un peu partout dans la clinique. Quel étrange spectacle que de le voir onduler à toute vitesse! Nul besoin de fauteuil roulant pour Patman. Il n'aurait sans doute pas compris qu'on veuille l'y mettre. Patman se déplaçait où il voulait, quand il le voulait, et ce à la vitesse de l'éclair. Si bien qu'un jour, il accrocha son moignon et poussa un cri.

Une radiographie nous révéla le triste constat, il était fracturé. Cette radiographie nous apprit aussi que Patman n'avait qu'un demi-bassin anormal, pas de fémur ni de tibia. Le moignon n'était qu'un os métatarsien (os du pied), et une phalange (os de l'orteil) repliée en épingle à cheveux. Comme aucune articulation ne reliait ces os, la meilleure solution et la moins douloureuse pour lui étaient d'enlever la partie repliée qui était fracturée. Mais pour cela, il devait subir une anesthésie générale, allait-il y survivre? Nous ne connaissions pas l'état de son coeur et de ses poumons. Malgré l'inquiétude, il fût opéré avec succès et pu reprendre ses courses dans la clinique.

Avec le temps, Patman allait devoir affronter un autre problème de santé. Comme il ne possède qu'un demi-bassin, le rectum doit passer dans une ouverture plus petite que normale. Cela lui occasionnait constamment de la constipation. À plusieurs reprises durant les deux premières années de sa vie nous lui avons fait des lavements, changer sa diète, donner des médicaments pour amollir les selles ou pour faciliter le transit intestinal, mais les problèmes de constipation revenaient tout le temps avec leur lot d'inconfort et de douleur. Un épisode plus sévère que les autres nous décida à la solution ultime, une colectomie, c'est-à-dire l'ablation du côlon.

Il arrive qu'on doive procéder à cette intervention chez les chats qui ont des épisodes répétés de constipation menant à un méga colon de moins en moins fonctionnel. À la suite de cette chirurgie, ils vivent très bien. Comme le petit intestin est conservé, l'apport en nutriments n'est pas compromis. Seule la consistance des selles change. Elles deviennent plus molles, mais ainsi, plus faciles à éliminer. Dans le cas de Patman, cette intervention a rendu sa vie bien plus agréable.

Voilà maintenant plus de 10 ans que Patman vit à la clinique vétérinaire Rosemère en tant que mascotte officielle. Malgré tout, on s'émerveille toujours autant de le voir courir, s'étirer après une sieste en positionnant tout son corps à la verticale ou mieux grimper une à une les marches du petit escalier qui mène à sa chaise favorite près de la fenêtre. Ce petit animal extraordinaire nous donne tous les jours une leçon de courage et de ténacité.

En venant à la clinique lorsque vous le verrez, ne lui dites surtout pas qu'il est handicapé et qu'il fait pitié. Il n'en sait rien. Pour lui, une vie de chat ça se passe sur 2 pattes et c'est très bien ainsi.

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